2. Pour un parlement
des confins

Mars 2016

Tenu à bout de bras par quelques associations, un « Conseil des exilés » se réunit chaque semaine sous une tente anonyme du bidonville. Quelques hommes, pas un seul voisin calaisien, une piètre langue anglaise, des sujets souvent complexes, des débats jamais publiés. Tel le gouvernement fragile d’une ville invisible de 5 000 habitants, de ses commerces et de ses écoles, de ses espaces culturels et de ses infirmeries, de sa voirie et de ses points d’eau. Tel l’embryonnaire organe diplomatique d’une cité précaire composée d’innombrables nationalités et communautés qui, sur des champs de bataille lointains, se déchirent parfois.

Mars 2017

Monumental et éphémère, le Parlement des Confins se dresse au beau milieu de la New Jungle et fait signe et repère jusque dans la ville. Y siègent une centaine de représentants tirés au sort parmi les habitants de l’ensemble de ce quartier périphérique de Calais, au-delà du strict périmètre de la New Jungle. L’enceinte offre une assemblée plénière, des lieux de travail pour des groupes plus restreints. Il s’organise tel un conseil de quartier se saisissant des affaires de la collectivité. Des traducteurs et un secrétariat s’emploient à faire s’entendre les langues multiples dans son enceinte, comme à les faire retentir au-delà, par la publication régulière de ses actes dans un hebdomadaire baptisé Les Mondes qui trouve ici l’espace de sa rédaction.