Bidounes

  • Considérant

qu’une grande maison avec un étage sous comble se dresse à proximité des conteneurs, considérant ceux qui l’habitent et ce qui l’entoure, arrêtez-vous à sa porte et laissez-vous guider par Mohammed qui vous introduira auprès de la communauté bidoune de la jungle de Calais.

« Bidoune » provient du mot arabe koweïtien « jinsiya » qui signifie « sans nationalité ». Il désigne cette communauté de bédouins apatrides, exclus de la nationalité Koweitienne à la proclamation de l’indépendance du pays en 1961. En 2011, l’ONG Human Rights Watch estimait que le Koweit comptait encore sur son sol plus de cent mille Bidounes. Souvent marginalisés par la société, dépourvus de passeport et de droits civils élémentaires, les Bidounes s’engagent aussi sur le chemin de l’exil pour rejoindre les pays voisins, mais aussi l’Europe et plus encore l’Angleterre. Si ce pays a été le premier à reconnaître les droits civils des Bidounes, de la même manière que pour les Syriens, les Afghans, les Erythréens et les Soudanais, l’Angleterre demeure cet ailleurs à atteindre, dans l’espoir de retrouver sa famille, un travail peut-être, une place quelque part, enfin.

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La communauté des Bidounes était très représentée dans la Jungle en 2015 : selon l’un des leurs, cinq cent Bidounes y avaient planté leur tente en septembre de la même année. En avril 2016, ils n’étaient plus qu’une trentaine. La plupart d’entre eux vit désormais dans la partie nord, non loin du complexe des containers et des communautés Soudanaise et Syrienne. On reconnaît l’emplacement de la communauté Bidoune au drapeau noir chiite suspendu sur leurs abris, sur lequel est inscrit « Al Salamu Alaikoum ya Abu Abdallah Al Hussein » (« Que la paix soit avec vous Abu Abdallah Al Hussein »).

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La communauté est organisée spatialement en différentes cellules d’environ cinq personnes. Chaque cellule est constituée de « shelters » (« abris ») en bois, fabriqués par les associations de bénévoles anglaises et françaises regroupées au sein de la Warehouse, et d’une cuisine collective. Récemment, une salle de bains spartiate fut construite pour échapper aux interminables files d’attente consistant à vouloir prendre une simple douche au centre Jules Ferry. Un nouveau « shelter » fut acheté à la communauté voisine soudanaise au prix de 40 euros. Les habitants s’organisent à tour de rôle pour préparer les repas. Certains cuisinent et d’autres font la vaisselle. Les repas sont en général confectionnés avec des denrées distribuées par des associations, tout en s’organisant pour acheter parfois des aliments dans les commerces de la Jungle ou de Calais. Outre ces différents « shelters » où logent une ou deux personnes, une grande maison avec combles aménagés fut construite en octobre 2015, par un architecte canadien avec l’aide des Bidounes et des bénévoles anglais. Auparavant, 14 personnes habitaient cette maison. Aujourd’hui, seulement 7 personnes dorment dans ces différentes chambres. Les combles ont été transformés en lieu de stockage.

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C’est Mohammed, un jeune Bidoune de 27 ans, qui a organisé notre visite de la communauté. Il vit dans la Jungle depuis septembre 2015 et il la connaît très bien. S’il n’habite plus dans cette communauté depuis un mois, il partage désormais une caravane avec un ami Bidoune, offerte par des bénévoles non loin des tentes bleues. Ils continuent de se voir quotidiennement et se rendent tous les jours à l’École Laïque du Chemin de Dunes à 14h pour prendre des cours d’anglais. Se doucher, recharger son téléphone portable, cuisiner, tenter une traversée, composent le quotidien de Mohammed et son ami. Ils trompent le temps ensemble, rêvent de l’Angleterre ensemble, en attendant que la chance leur sourit enfin.

 

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