Dépoldériser

  • Considérant

que l’inondation volontaire est une voie détournée pour dépoldériser la plaine calaisienne.

La principale caractéristique du paysage calaisien est son extrême vulnérabilité aux risques de submersion. Sous l’effet de ce que les géologues appellent la « transgression flandrienne », la mer a envahi cette vaste plaine au début de l’ère chrétienne, jusqu’au trait de côte dessiné par les premiers reliefs de l’Artois à l’Ouest et des monts de Flandres à l’Est. Il a fallu quinze siècles pour ramener la mer derrière le cordon dunaire, au terme d’une ambitieuse politique d’assèchement et d’endiguement, dont les ouvrages sont de plus en plus menacés par la montée des eaux et la « régression marine ». Le recul du trait de côte est un phénomène puissant, auquel les collectivités ne savent pas toujours comment répondre, à tel point que, comme aux Pays-Bas, on parle aujourd’hui de « dépoldériser » la plaine par endroit, afin d’apaiser la pression marine.

DEPOLDERISER-1_crop

L’étonnant est que, sans le vouloir, les Jungles présentes depuis 20 ans ont accéléré ce phénomène, puisque pour empêcher les migrants de se déplacer en direction du port et d’Eurotunnel, de grandes surfaces de terrain ont été volontairement inondées, les motivations policières étant parfois explicites (autour de la jungle), parfois implicites (site de la gravière du Colombier), et parfois induites (plans d’eau autour d’Eurotunnel). Cette dynamique de dépoldérisation trouve son pendant inverse dans le projet d’extension du port de Calais, impliquant le remblaiement de nouvelles surfaces marines.

DEPOLDERISER-2_crop

Entre terre et mer, il est évident qu’une nouvelle donne se cherche. Il suffit d’emprunter le GR du littoral, qui borde la Jungle, pour comprendre que les obstacles qui y ont été installés pour bloquer les migrants ne font qu’aggraver un phénomène déjà bien présent : le GR ne donne plus à vivre le paysage du littoral que très partiellement et dans des conditions précaires tant la ligne de démarcation entre la mer et la terre a été « durcie ». Les dépoldérisations partielles, au contraire, dessinent de nouveaux itinéraires, plus riches, arpentant le paysage hybride d’eau et de sol sec qui s’invente ici, et au sein duquel la jungle constitue un temps fort, avec ses groupements autour du plan d’eau.

Dépoldériser