Ensauvager

  • Considérant

l’impossibilité dans laquelle nous sommes tous désormais de nous réapproprier les anciennes Jungles.

Avant d’être regroupés sur le site de la Jungle actuelle, les migrants de Calais ont occupés jusqu’à neuf lieux de plus petite taille, dispersés dans et autour de la ville. Ces lieux conservent parfois des traces encore vivantes du passage de ces occupants éphémères, au sujet desquels tant de choses ont été dites, rapportées, inventées, fantasmées. Il en résulte pour ces lieux un statut dans l’imaginaire de la ville très particulier. Les migrants ne reviendront-ils pas, si leur nouveau gîte est détruit? Et tant de gens d’ici se sont impliqués pour leur défense, leur soutien, parfois leur survie. Les migrants sont, qu’ils y résident effectivement ou non, des habitants un peu fantômes de ces espaces, transformés en mémorials.

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Le bois des Garennes, situé à la pointe occidentale de la zone industrielle des dunes, concentre l’expression de cet héritage. Malgré les nettoyages qui y ont été effectués récemment, malgré le projet de replantation, les pistes creusées par les engins de déblaiement, les palissades de béton encore toutes neuves qui le cernent, tout cela parle des migrants et interdit que de nouveaux usages soient affectés en toute impunité à ce lieu pourtant si attirant avec ses beaux ombrages. Le caractère sauvage que lui confère le manque d’entretien, l’aspect aléatoire des allées, et bien d’autres caractéristiques, n’est-il pas finalement ce qui le qualifie le mieux ? Quel autre avenir imaginer pour ces lieux que celui, non pas de leur renaturation, mais de leur ensauvagement ?

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