Fouzi & Zaki

  • Considérant

que l’expérience de la rencontre permet de réduire la distance, avec Fouzi & Zaki nous avons échangé, nous avons écouté de la musique, nous avons bu du thé, nous avons appris quelques mots en arabe, et puis surtout, nous avons écouté les histoires d’hier, d’aujourd’hui et de demain qu’ils nous racontent, à perte de nuit…

Zaki et Fouzi sont cousins. Depuis janvier, ils partagent un abri construit par des bénévoles dans la « zone des Syriens, à côté des blue tents ». Leur abri est un rectangle d’à peine 9 mètres carrés. La pièce unique est multifonctionnelle, bien rangée et organisée : elle sert de chambre pour deux personnes, de cuisine et de salon. Quelques couettes entassées font office de lit et d’autres ont été accrochées au mur pour isoler du froid. Quelques petits objets sont rangés dans des sacs accrochés au plafond. Une étagère bricolée contient des outils. D’un côté de la porte d’entrée se trouve le coin cuisine avec une gazinière, des boîtes de conserve, du sucre, du café… De l’autre côté, une boîte en carton réceptionne les chaussures pleines de boue et le poêle. L’abri comporte seulement une petite fenêtre faite de plastique qui ne s’ouvre pas. Pour renforcer la luminosité, Zaki et Fouzi accrochent une lampe LED au plafond.

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Zaki est dans la Jungle depuis fin décembre, après avoir suivi un itinéraire commun à  une majorité de réfugiés syriens : Syrie, Liban, Turquie, Grèce, Macédoine, Serbie, Croatie, Slovénie, Autriche, Allemagne, France et, enfin, Calais. Il attend l’occasion pour traverser la Manche vers l’Écosse. Zaki est originaire de Daraa, en Syrie. Il est parti début décembre par crainte d’être obligé de rejoindre l’armée et suite à l’incendie de ses deux pharmacies. Sa femme et ses trois enfants sont en sécurité en Syrie, et attendent de pouvoir le rejoindre. Des affaires qu’il a emportées avec lui depuis la Syrie, très peu de choses lui sont restées : une petite photo de sa fille, et une lettre écrite en arabe qui décrit quelques informations importantes sur lui.

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Selon Zaki, la vie dans la Jungle constitue l’un des pires moments de sa trajectoire depuis la Syrie. Néanmoins, le sourire que son visage affiche nuance le propos, lorsqu’il raconte ses journées dans ce lieu. Habituellement, il se lève vers 7h pour la prière. Puis prend un thé avec Fouzi avant d’aller à l’association Al Salam pour charger leurs portables et prendre le petit-déjeuner, et éventuellement un ticket pour des douches chaudes. Rentrés dans leur abri, ils boivent du thé, parlent avec leur famille sur l’application whatsapp, regardent leur facebook et reçoivent des amis : le voisin Abo Wesam qui a voyagé depuis la Syrie avec Fouzi ; Amer, un Soudanais ; des bénévoles et des visiteurs. Parfois, Zaki rejoint Fouzi pour aller voir Amer chez lui, ou se rend dans les magasins et restaurants de la rue principale.

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L’après-midi, après la prière du midi dans la mosquée, ils retournent à Al Salam pour manger « un couscous sec pas bon, mais qui aide à tenir chaud ». Ensuite, Zaki va à l’École Laïque du Chemin de Dunes pour perfectionner son niveau d’anglais, déjà avancé. Son cahier, Zaki le remplit avec des mots qu’il apprend à l’École ou avec un dictionnaire anglais-arabe. Après les cours, Zaki rejoint Fouzi et le voisin autour d’un thé, ils fument des cigarettes et écoutent de la musique. Leur chanson préférée est Qareat El Fengan, qui raconte l’avenir d’un fils lu par sa mère dans le marc de café, un titre de l’artiste égyptien Abdel Halim Hafez, très populaire dans les années 1950.

Le soir, ils vont à la distribution de repas faite par la Belgium Kitchen ou cuisinent chez eux, et discutent tard dans la nuit.

Leur journée type varie un peu les jours où ils essaient de passer en Angleterre. Ils dorment alors entre 19h et 21h avant de prendre la route vers 23h.

Mais depuis peu, la journée de Zaki a changé : il est en train d’organiser une pharmacie dans la Malaysien Kitchen.

 

* Texte écrit en avril 2016. Aujourd’hui, Zaki est en Angleterre, où en attendant le traitement de sa demande d’asile, il va tous les jours étudier l’anglais à la bibliothèque. Fouzi a décidé de rester en France et envisage d’ouvrir un restaurant syrien à Calais ou à Paris.

* Explorer aussi la Carte mentale de la Jungle dessinée par Zaki Khalefa et sa traduction en arabe.

Fouzi & Zaki