Passer

  • Considérant

les pas. Pas. Passer. Traverser. Traverser un lieu. Aller au-delà. Dépasser. Y passer. Franchir. Trépasser. Passer et passer, encore, même si on ne passe pas, passer, rester, passer, continuer à se mouvoir dans le passage, à chercher le passage, à élargir le passage, à tenir le passage. À faire la maison sur le passage. À faire du passage une maison.

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L’espace entre l’ici et l’au-delà fait la Jungle de Calais.

Elle surgit tous les jours entre la fin de la terre et le début de la mer.

Passer, aller définitivement au-delà de cet espace, c’est le but de la plupart de ceux qui y sont arrivés, et en même temps c’est l’action qui fonde l’existence de cette ville frontière.

L’ici est un lieu de proximité et d’éloignement : un lieu européen où vivent ensemble des milliers de personnes de pays différents, et un lieu d’exil où vivent des personnes qui ont échappé à la guerre et à la misère en traversant la terre jusqu’à ce lieu de cabanes, containers, restaurants, associations. L’au-delà est à 30 km de notre regard, et même si on ne l’a vu que quelques fois de la plage quand il fait beau, il est omniprésent. Dans les mots et les silences, dans les rêves et les récits, et dans l’espace tout autour, qui l’annonce avec les kilomètres de grilles, grillages, barbelés, hommes armés et séparations.

La Jungle de Calais est un lieu où j’apprends beaucoup.

Elle m’a appris que “passer” ce n’est pas une action, passer c’est l’espace, c’est nous dans l’espace.

“Passer” ce sont les espaces où nous vivons.

Passer c’est naturel, c’est notre mouvement.

Tout passe. Et tout le monde est en train de passer.

En 1974, Georges Perec écrivait : « Vivre, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner ».

Qu’est-ce qu’il est en train de devenir, notre vivre-passer ?

Qu’est-ce qu’elle est en train de nous montrer la Jungle de Calais ?

Passer