Sable

  • Considérant

la capacité du sable à stimuler discrètement les flux.

Au premier abord, la Jungle revêt l’apparence d’un agrégat de baraques plantées sans ordre décelable sur une étendue de sable indifférente. Malléable, instable, vite oublieux des traces qui s’y déposent, le sable gomme sans cesse les évènements qui prennent place, comme s’il refusait aux habitants de la jungle le pouvoir de laisser leur empreinte. Est-ce pour mieux nier leur présence que les forces de police ont démoli les abris sur une bande de 100m, rétablissant l’étendue sableuse dans tout son mutisme ?

SABLE_crop

Pourtant, à y regarder de plus près, on découvre vite que ce sol, en raison même de sa plasticité, organise discrètement les flux. Un parcours entre la zone industrielle des dunes et l’intérieur de la jungle (en bas de la planche) fait se succéder des densités et des compacités de sol qui favorisent certaines pratiques et en contraignent d’autres. Le sable stabilisé de la piste qui longe le talus autoroutier permet le stationnement des cars de police, tandis que le sable sec du no man’s land et son étendue, bien exposée au soleil, incitent les habitants à s’y rassembler pour jouer au base-ball ou discuter en petits groupes. La levée sableuse qui entoure la Jungle est aujourd’hui compactée en rampes qui donnent accès au replat sommital, d’où il est possible de dominer le paysage et de s’extraire un instant d’un quotidien difficile. Dans la Jungle, l’apport de concassés calcaires, bientôt mêlés au sable, forme l’assise des voiries principales, tandis que les occupants des alcôves habitées profitent de la mollesse du sol pour creuser rigoles et fossés d’évacuation des eaux. Le sable est un matériau polyvalent, manipulable, qui permet aux habitants et aux associations d’organiser la vie commune sans que cela nécessite les lourds aménagements si caractéristiques de l’encampement.

Sable