Voie ferrée

  • Considérant

que la voie ferrée est devenue un espace de mobilité à l’intérieur de la ville.

Rejetée en périphérie de la ville, la Jungle contraint ses habitants provisoires à investir des espaces que leur position en marge des villes autorise trop souvent à traiter avec peu de soin. C’est en particulier le cas avec les voiries de la zone industrielle des dunes, ensemble de routes très larges, dénuées souvent de trottoirs (ou dont la vacuité se trouve encore renforcée lorsque, comme c’est le cas ici, des trottoirs ont été aménagés), ponctuées de carrefours aux rayons de giration gargantuesques, et bordées d’usines lointaines et monumentales.

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D’ordinaire hostiles, ces voies acquièrent à Calais, parce que les migrants les parcourent, à pied et à vélo, en petits groupes, nuit et jour, l’expression d’un confortable cours urbain, où seul le passage irrégulier de quelques camions rappelle le statut industriel. Subitement, un espace d’une indigence crasse se meut en un ample espace public, dont la fluidité s’accroît encore lorsque son axe se poursuit sous la forme d’une voie ferrée aux emprises larges et aux courbes allongées. Tapis rouge, voie royale pour qui souhaite se rendre au plus vite dans le centre-ville ou à la gare, la voie ferrée et ses prolongements industriels apparaît alors comme un axe de lecture privilégié de la ville et de son paysage.

On découvre alors qu’autour d’elle se sont accumulés d’autres espaces du transitoire et de l’habitation temporaire, proches cousins de la jungle : jardins ouvriers, friches, bois, campings, aires d’accueil pour les gens du voyage, hôtels bon marché, cabanes de plage, entrepôts logistiques, parcs de stationnement… On découvre un paysage urbain du transitoire dont le territoire semble maillé par la voie ferrée, comme la promesse d’une trame verte en gestation.

Voie ferrée