Cuisiner

Considérant que les cuisines de la Jungle sont assez riches de saveurs et d’odeurs pour les compiler dans un guide touristique, mais que ce qui s’y joue dépasse la simple question culinaire. Derrière les fourneaux, oeuvrent des entrepreneurs, des bénévoles ; sur les banquettes, se rassemblent réfugiés et humanitaires. Ici l’on attend, prie, se réchauffe, joue, écoute de la musique, et retrouve le goût du pays.

BELGIUM KITCHEN

Ilyasse a monté le projet de la Belgium Kitchen avec quelques amis et des membres de sa famille. « Au début, quand on a commencé, je ne pensais pas qu’on finirait avec un truc grand comme ça ! Dans les bons jours on fait 800 repas, quand il fait mauvais temps on n’en sert que 400, alors les gens peuvent avoir du rab, il ne faut pas gâcher. Aujourd’hui on ne peut plus faire de deuxième tour, il n’y a jamais trop de nourriture car les gens de la zone sud ont dû monter dans la zone nord et il y a aussi ceux des containers, ils ne peuvent pas cuisiner alors ils ont faim. »

Dans une tente militaire, des conserves sont entassées. « On fait des plats selon notre stock. Hier on a fait des haricots blancs, ça peut être aussi de la soupe aux lentilles… Ce qui est bien c’est que notre cuisinier est un réfugié syrien et il fait des plats de son pays donc ça plait bien aux gens. »

« Le matin, les soudanais viennent chercher des haricots blancs, de l’huile, du sucre, du thon, du gingembre. Je fais des commandes à l’auberge des migrants.” Il y a surtout des soudanais, des égyptiens et des syriens qui viennent ici. Mais depuis la destruction de la zone sud, les gens sont un peu agressifs. Toutes les communautés ne s’entendent pas bien et on craint le pire. La porte d’entrée reste toujours fermée, on ne laisse passer qu’au coup par coup. »

Tout se construit petit à petit, grâce aux dons et aux bénévoles, et à beaucoup de débrouille. « Un architecte et des étudiants de Bruxelles sont venus pour construire la nouvelle cuisine. C’est costaud, on est contents. Il nous manque juste de larges gaz. Dans la cuisine on en a 4 mais ils sont trop petits pour nos énormes casseroles. On a essayé d’en commandé en Espagne car ça existe là-bas, pour les paella, mais le vendeur dit que ça n’arrive pas. On est obligés de mettre deux feux sous la même casserole du coup. »

« Si la zone où on se trouve est détruite, on démontera tout, on louera un semi-remorque pour 500 euros et on ramènera tout ce qu’on peut en Belgique. Ca pourrait servir à recréer une cuisine pour les SDF à Bruxelles, ou en Grèce… »

KABUL CAFÉ

« On a ouvert il y a 3 mois. La construction a duré un mois, avec l’aide de quelques amis afghans. On a investi 6000€ au total, équipement compris. J’ai pu récupérer 2000/2500€ mais si la jungle s’arrête, le reste est perdu.

Avant la destruction de la partie sud, un mec qui a une voiture allait à Carrefour pour acheter tout ce dont j’avais besoin pour une semaine. Dans les meilleurs jours, le weekend, on faisait jusqu’à 200 couverts. Je vendais même des pâtisseries arabes, mais maintenant je n’investis plus que dans les produits de bases. J’achète de l’huile, du riz, du lait et de la viande chez le commerçant voisin en face et c’est tout. »

Le patron a déjà vécu plusieurs années en Angleterre. « Je me suis inspiré de l’architecture anglaise avec un toit avec deux pentes. En Afghanistan, les tuiles ça n’existe pas alors les toits sont plats mais quand il neige il faut monter et déblayer le toit ! J’avais déjà construit pleins de maisons en Angleterre. J’ai aussi travaillé un an en Norvège dans un resto, j’ai vécu en Italie… en tout, j’ai passé 6 ans en Europe. Je suis venu ici juste pour faire ce resto. S’il est détruit, je pars, je ne prends rien avec moi, je n’ai pas d’endroit pour emporter car je n’ai pas de maison. »

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