Déménager

Considérant Marco.

Depuis le début du démantèlement, l’ambiance dans la Jungle est pesante. La tension se fait sentir. Des baraques s’enflamment un peu partout pendant que des troupes de CRS délimitent la zone que les pelleteuses doivent bientôt détruire. Celles et ceux qui habitent dans la Zone sud appréhendent le moment de cette expulsion à venir. Des messages préventifs circulent entre les migrants afin de se préparer à l’arrivée des pelleteuses.

C’est dans ce contexte que je rencontre Marco, 30 ans, vivant depuis six mois dans la Jungle dans une baraque qu’il partage avec un Iranien et un Afghan. Désespéré, il tente de la déconstruire afin de la reconstruire au Nord le lendemain. Nous partageons un thé autour du feu. Je lui propose mon aide.

Le lendemain, je suis incapable de le retrouver. La Zone sud de la Jungle est méconnaissable : un vaste terrain boueux flanqué de débris épars ; une fourmilière où chacun prépare à la hâte ses affaires, transporte son abri en morceaux, ou le soulève en vue de le placer sur une remorque. Je finis par le retrouver près du dôme du Good Chance Theatre.

Au premier abord, l’organisation de la Jungle paraît chaotique. Cependant, on comprend rapidement qu’elle est principalement organisée en quartiers en fonction des origines des habitants. Le choix du nouvel emplacement de l’abri de Marco dans le Nord doit en tenir compte.

Nous trouvons cet emplacement au cours de l’après-midi. Ne restent plus que quelques heures avant que le soleil se couche. Il nous faut donc rapidement trouver un moyen de transporter la baraque.

Plusieurs bénévoles britanniques s’activent avec des remorques. Leur priorité concerne les abris de femmes et ceux menacés de destruction imminente. Nos espoirs de trouver un moyen de déplacer l’abri diminuent. En fin d’après-midi, Marco décide de préparer un grand feu afin de partager un dernier thé ensemble. C’est à ce moment précis qu’une remorque se gare en face de nous.

PS : Marco est parvenu à passer en Angleterre fin mars. Régulièrement, nous échangeons des messages. Il m’avoue être déçu par ce qu’il a trouvé de l’autre côté de la Manche. Il essaie néanmoins de garder espoir. Il est impatient de retrouver son frère, et de se sentir de nouveau habitant quelque part.

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